À la recherche d’une prétendue égalité au travail – Quelle place pour les femmes dans les médias ? (Table Ronde)

Mercredi 25 novembre, journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes, Potentielles, pôle de l’association féministe Sexprimons-nous et le Bureau des Médias ont organisé une table ronde autour de la place des femmes dans les médias. Trois expertes ont débattu derrière leurs écrans (covid oblige), à débattre et nourrir les réflexions sur le sujet : Léa Broquerie, journaliste, présentatrice TV et porte-parole de l’association Prenons la uneFlorence Sandis fondatrice de l’agence Brisez le plafond de verre et présidente de mediaClub’Elleset enfin Marie-Christine Lipani-Vaissade, maître de conférence et référente égalité à l’Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA). 

La une du 5 avril 2020 du Parisien fait parler d’elle. En pleine crise sanitaire, le journal imagine « le monde d’après », en mettant en avant quatre personnalités censées le raconter. Problème, ces experts ne sont que des hommes, à croire que dans ce nouveau monde, les femmes n’existeront plus. Maladresse ou véritable intention, Le Parisien présente ses excuses mais le mal est fait : la parité dans les médias est bien loin d’être une évidence. Cette iniquité est analysée dans le rapport Calvez du 9 Septembre 2020, qui détaille la place des femmes journalistes et expertes dans l’ensemble des médias durant la crise sanitaire. Son bilan est peu encourageant : 83,4% des personnes apparaissant à la Une des principaux titres de presse français sont des hommes et ceux-ci signent 74,4% des tribunes. De profondes inégalités que l’on retrouve aussi à la radio ainsi qu’à la télévision.

Plafond de verre et réseautage, des phénomènes systémiques qui affectent les carrières professionnelles 

Lorsque l’on interroge nos trois intervenantes sur la sous-représentation des femmes dans les médias et aux postes de direction, toutes pointent l’inévitable plafond de verre. Que ce soit le machisme ambiant des rédactions, l’auto-limitation des journalistes elles-mêmes ou même le réseautage, plusieurs freins invisibles expliquent la difficile progression professionnelle des femmes dans le monde médiatique. Les processus de cheminement hiérarchique sont peu transparents. D’après Marie-Christine Lipani-Vaissade, « dans les entreprises de presse, on constate que les hommes font beaucoup plus de réseautage réel. Ils vont prendre un verre ou fumer une cigarette tout en faisant comprendre qu’ils veulent le poste. Les femmes qui ont les mêmes compétences sont moins disponibles et osent moins ce genre de pratiques ». Léa Broquerie renchérit en développant le syndrome de l’imposteur : « les femmes se sentent illégitimes, elles s’auto-limitent ». Si le plafond de verre affecte leur carrière, il a aussi un impact direct sur les salaires. Selon l’étude de médiaClub’Elles et Audiens, les femmes journalistes ont gagné en moyenne, 17% de moins que leurs homologues masculins pour l’année 2018. Elles sont aussi plus précaires, signant majoritairement des contrats à durée déterminée.

Une conférence 100% numérique. BDM masqué, puis BDM confiné, mais BDM modernité.

Alors qu’avec la crise sanitaire et le confinement, la consommation d’informations n’a jamais été aussi conséquente (et nécessaire !), l’urgence s’est avérée être la bonne excuse pour zapper les femmes de l’agenda médiatique. Pourtant, l’année 2020 commençait sous les meilleurs auspices et une progression de la parité dans le journalisme. Pandémie et situation de crise envoient tout valser en quelques jours. Léa Broquerie nous explique qu’un journaliste pressé va appeler son « bon client », celui-ci va se rendre disponible et répondre de manière synthétique. Ce contact est presque toujours un homme… 

Simone de Beauvoir : « dans l’urgence, on a tendance à invisibiliser les femmes »

Selon le CSA, seuls 20% des expert.e.s invités sur les plateaux pendant le premier confinement étaient des femmes. Florence Sandis souligne que celles qui sont parvenues jusqu’aux plateaux ont « vécu un calvaire » comme celui de la professeure Karine Lacombe, spécialiste en infectiologie, vivement critiquée pour ses interventions télévisées et ses prises de position. Les intervenantes évoquent le mansplaning (une situation où un homme interrompt ou explique à une femme quelque chose qu’elle sait déjà, ndlr.). Beaucoup de femmes expertes ne souhaitent même plus passer à l’antenne.

Marie-Christine Lipani-Vaissade rappelle que les médias sont de véritables agents de socialisation produisant des représentations et orientant nos comportements et ceux des futures générations. Au-delà de l’invisibilisation, ils « associent la fonction du pouvoir à la masculinité et celle du rôle secondaire à la féminité ». 

Un message optimiste pour la relève 

Le monde médiatique est un secteur sexiste et souvent hypocrite. Les journalistes et patrons reproduisent souvent dans les rédactions les violences et inégalités qu’ils critiquent dans leurs papiers. Pour Léa Broquerie, même si la Ligue du LOL n’est plus représentative de la situation actuelle et qu’une prise de conscience a eu lieu, il ne faut rien lâcher. Prenons la une et le collectif féministe Nous Toutes ont mis en place une plateforme de soutien, un pôle écoute pour les femmes journalistes victimes de violence qui ne désemplit pas. Cependant, les trois invitées sont optimistes : « il y a un véritable gap générationnel, les jeunes sont plus conscients de cette situation ». 

Les invitées formulent enfin leurs préconisations à l’auditoire. Il faut continuer de se battre et de dénoncer l’invisibilisation en se méfiant de cette « illusion de l’égalité ». Selon Florence Sandis il est aussi primordial de valoriser ceux qui œuvrent pour améliorer la place des femmes dans les médias. Par exemple, médiaClub’Elles décerne tous les ans, le prix de l’homme féministe de l’année. 

Pour conclure, un dernier message à nos futures journalistes : « osez vous affirmer » et « cultivez votre insolence et votre singularité ». La parité, dans n’importe quel domaine, est un combat de tous les jours. 

Lisa Ducazaux

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