le re-retour de Renaud

Presque 4 ans après avoir embrassé un flic dans son album de renaissance, Renaud revient avec un opus dédié à l’enfance et à son innocence. Même maladroit et fatigué, sa fragilité suffit pour nous empêcher d’être déçus. 

La chute est lourde quand sa voix déboule. Hésitante et éraillée, elle surprend et annonce la couleur : il faudra lutter contre la pitié tout au long de l’album. Et pourtant, vers après vers, l’espoir renaît dans les oreilles. On espère à nouveau entendre le Renaud malicieux et son style unique qui avait tellement manqué dans son disque précédent, si plat et convenu. Le single Les Animals rappelle gentiment le monde de l’enfance à grands renforts de pirouettes verbales dont il a le secret. Avec ce genre de chansons, Renaud retrouve sa plume. C’est un auteur d’idées. Hormis quelques chefs-d’oeuvres, sa discographie est surtout marquée par sa capacité à trouver la bonne idée qui fera une chanson, celle qui fera qu’à la fin de l’écoute on se dira “bien vu”.  

On est d’abord gêné par chacune de ces saillies introspectives, et on le resterait tout du long si ce n’était pas Renaud.

Dans ce single, premier titre de l’album, il parle aussi de lui, à la troisième personne, comme d’un “beau phénix fantastix, bien plus peinard depuis qu’il boit du lait”. Alors voilà, nous y sommes. Dès la 3e phrase du disque, Renaud met les pieds dans le plat et évoque son alcoolisme, sa maladie qui l’empêche d’écrire et le ronge à petit feu. Mais les fans le savent, s’il sort un album, c’est qu’il va mieux, et qu’il peut écrire de nouveau. Et puis, parler de son addiction de manière frontale, c’est sa résilience à lui, docteur Renard, mister Renard. Les titres où il évoque sa souffrance sont nombreux. Toujours à la 3e personne, il confie l’histoire de son pote qui a « paumé 10 ans de sa vie à cause du pastis ». On est d’abord gêné par chacune de ces saillies introspectives, et on le resterait tout du long si ce n’était pas Renaud. Car il a ce talent pour parler de lui et de sa souffrance intime sans jamais que l’on ne se sente mal à l’aise. 

Autour de ce mal-être difficilement chanté, quelques titres hasardeux, un peu paumés, eux-aussi, dans cet album irrégulier. Mais aussi quelques perles, comme cette très belle chanson dédiée à sa fille L.O.L.I.T.A., qui a dans son nom « un n’i pour protéger l’oiseau qui s’envole de sa voix lorsqu’elle rit de lui ». Quelle veinarde cette Lola, décidément couverte toute sa vie de jolies mélodies. 

La voix, laissée telle qu’enregistrée, manque c’est sûr, même si elle n’a jamais été celle d’un stentor. Cela va en dérouter beaucoup mais nul doute que la plume en partie retrouvée du chanteur redonnera le sourire aux fans qui s’inquiètent pour lui. Reste la question : lire ou écouter ? C’est vrai, le livre présentant les textes des chansons, illustrés par Zep fait envie. Mais la prose de Renaud se lit-elle bien ? Pas sûr. Alors même avec une voix perdue, nous l’écouterons. Car comme il dit dans Mes Copains : « mon prénom préféré c’est Renaud, ça rappelle de jolies chansons. »

Louis Faurent

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