Rentrée littéraire : Sylvain Prudhomme, autostoppeur

Après l’Afrique et un archipel désolé d’Atlantique Sud, c’est en France que Sylvain Prudhomme nous fait voyager dans “Par les routes”. Une balade mélancolique et poétique au coeur des relations humaines, qui lui a valu le prix Femina la semaine dernière, et un succès certain à la rédaction de VREN. 

Sacha, jeune écrivain, décide de quitter Paris et ses connaissance pour venir s’installer dans une petite ville de la vallée du Rhône. L’objectif ? Trouver le calme, et surtout le sujet de son prochain romain. Misanthrope sur les bords – et bien conscient du fait que sa démarche tombe dans le poncif de l’écrivain en mal d’inspiration -, Sacha aurait très bien pu rester cloîtré dans son appartement tout au long du livre. Sylvain Prudhomme en a décidé autrement : son programme se voit rapidement dévoyé : peu de temps après son arrivée, il croise dans cette ville anonyme « l’autostoppeur* », un ami de jeunesse avec qui il avait semble-t-il volontairement coupé le contact.

Un récit de voyage par ceux qui ne sont pas partis

Leurs personnalités vont doucement se confronter : Sacha est casanier, tandis que l’autostoppeur est un homme libre, dont tous les faits et gestes sont dictés par la spontanéité, l’envie, les coups de tête. Si en apparence il semble avoir trouvé une équilibre, puisqu’il est maintenant marié et père d’un petit garçon, il repart régulièrement en autostop autour de la France. Ne pouvant se départir de la possibilité de se mouvoir, il tient à rappeler qu’il n’est que locataire de leur petite maison. 

Ses escapades sont pour lui nécessités, et ne doivent pas être remises en cause… au détriment de ceux qu’il laisse derrière lui. Ce livre, lorsqu’il se fait récit d’un voyage par ceux qui ne sont pas partis, est sans aucun doute une histoire de l’absence. Avec chacun des départs de l’autostoppeur vient le vide, que peu à peu Sacha va combler. C’est tout naturellement, qu’il s’immisce dans la vie de cette famille, qu’il vient tout juste de rencontrer.

La dimension éphémère et partielle de ces rencontres 

De nouveaux équilibre se créent, de nouvelles liaisons aussi. Il y a celle entre Agustin et Sacha : pleine de poésie. Si Sacha ne remplace par la figure paternelle, il tient celle de l’oncle, qui joue férocement aux échecs avec le garçon. Puis il y a celle avec Marie, l’épouse de l’autostoppeur. Dans les premières pages du roman, on ne se rend pas immédiatement compte de l’importance qu’elle va prendre dans la vie de Sacha. L’une de leur premières rencontres se fait à travers un livre traduit par Marie : Sacha se délecte des mots minutieusement choisis par la traductrice. Puis une danse, un baiser, et Sacha tombe amoureux. 

C’est un trio à la Jules et Jim qui voit le jour, même si Marie est profondément attachée à l’autostoppeur. Un peu plus concupiscent, peut-être. 

Marie aime ce voyageur, curieux de tout, si ouvert aux autres. La plus grande frustration de l’autostoppeur  ? Ne rencontrer qu’une infime partie de l’humanité, passer à côté de cette diversité. C’est comme un vertige, une quête impossible. En même temps, le livre met l’accent sur la dimension éphémère et partielle, de ces rencontres. Quoi de plus momentané que la relation établie entre un autostoppeur et son conducteur ? C’est une parenthèse, qui une fois refermée ne se rouvrira plus jamais.

Sylvain Prudhomme dresse progressivement une dichotomie entre ceux qui partent et ceux qui restent, sans qu’un jugement de valeurs ne soit effectué pour autant. Les deux conceptions sont étudiées. Celle du narrateur et celle de l’autostoppeur – son inévitable et pourtant jamais (pré)nommé némésis. D’un côté, on aurait ceux qui fuient la monotonie ; de l’autre, ceux qui parviennent, justement, à en tirer le meilleur.  

Parenthèse, vocabulaire, écriture, c’est aussi là tout le charme du roman de Sylvain Prudhomme. La lecture est agréable, fluide. Les dialogues coulent sans guillemets ou trop de ponctuation. On le lit d’une traite, heureux d’être du voyage. La nature y tient une place particulière. Les retrouvailles entre Sacha et l’autostoppeur se font lors d’une promenade sur un chemin de campagne, humide ; l’auteur éveille nos sens, tout comme lorsqu’il décrit le froid d’un sac de couchage posé à même le sol pendant des heures. C’est le règne du détail. On le croirait finalement écrit sur les routes – pour paraphraser un titre de Kerouac auquel Prudhomme fait sans doute un hommage inversé – dans un carnet de voyage posé sur des genoux. 

* : comme Prudhomme, nous préférons écrire “autostoppeur” sans trait d’union, contrairement à sa définition du dictionnaire

Camille Granon et Augustin Pietron

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s