Rentrée littéraire : L’Europe selon Aurélien Bellanger

Dans Le Continent de la douceur, Aurélien Bellanger s’intéresse à l’Europe dans son acception la plus large. L’Europe, de Monaco aux Balkans et jusqu’à ses avant-postes sur d’autre continents comme le siège de la banque Venezia à New York. Le tout sur des dizaines d’années, formant une quasi-encyclopédie qui avoisine les 500 pages. 

Sans doute réflexif des critiques qu’il a reçues sur la densité de ses ouvrages, l’auteur du Grand Paris se soucie légèrement plus du lecteur qu’il n’avait pu le faire dans ses précédents ouvrages. Ses chapitres sont extrêmement courts, dépassant rarement la demi-douzaine de pages. Un chapitre équivaut ici à une idée, comme autant de réflexions éparses de l’auteur réunies a posteriori. 

Il a par ailleurs cette façon d’aligner dans une même phrase une donnée extrêmement sérieuse avec une anecdote triviale – un trait somme toute flaubertien – qui permet d’instituer une connivence avec le lecteur. 

Le Continent de la douceur est une sorte de conte encyclopédique, peuplé de personnages caractériels et délicieusement improbables. Flavio, un jeune garçon probablement fils d’un monarque [même s’il disparaît pendant 250 pages..!]. Ida, la femme la plus puissante du monde de la finance ; des mathématiciens et économistes qui pratiquent l’accrobranche dans la scène d’ouverture… Rejoints enfin par l’inénarrable « Quentin Patrick-Stern », QPS donc, qui représente trait pour trait un autre “philosophe“ entartré en trois lettres et qui incarne dans le roman l’inquiétude du monde libéral. 

Vous savez, j’ai la chance de bien m’entendre avec mon fils Olivier. Il me raconte tout. Et bien même lui, un garçon intelligent et plus que correctement éduqué, m’a tenu récemment des propos hallucinants. Il m’a avoué qu’il avait renoncé au libéralisme, qu’il n’y croyait plus vraiment et qu’il avait voté non au référendum constitutionnel. Vous vous rendez compte ?

Ces personnages et le pays imaginaire auquel tous sont liés, la principauté du Karst – située quelque part dans les Balkans – seraient parfois presque un prétexte à un déchaînement de savoir encyclopédique. Entre les paragraphes d’histoire économique, les traités mathématiques ou parfois philosophiques et les saillies de l’auteur sur le libéralisme, on se retrouve position du jeune lecteur émerveillé qui feuillette une encyclopédie imagée ; sans tout comprendre, évidemment. 

Après avoir affronté ces 500 pages tantôt charmé, tantôt amusé et parfois horrifié, une seule interrogation demeure pour ma part : là où la critique parle d’une lettre d’amour à l’Europe, j’y verrais plutôt un faire-part de décès en perpétuelle actualisation. « Il était le petit garçon le plus démocratique d’Europe occidentale » décrit normalement Flavio, mais on appliquerait volontiers la citation à l’écrivain. Toutefois, au bout de 500 pages, Aurélien Bellanger est-il pour autant toujours ce petit garçon ? 

Augustin Pietron

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