Conférence : la place des femmes dans le journalisme

Lundi 14 Octobre, S’Exprimons Nous et le Bureau des Médias organisaient une conférence à l’IEP autour de la place des femmes dans le journalisme.

Le métier de journalisme est-il équitable? Les femmes peuvent-elles autant que les hommes monter en hiérarchie?

Depuis les mouvements « Me too » suivis de l’affaire de la « Ligue du LOL », la place des femmes dans le journalisme est progressivement devenu un enjeu de société. Ce fut du moins l’objet de la conférence présentée par le bureau des médias et l’association féministe « Sexprimons-nous ». Afin de nourrir le débat et d’alimenter nos reflexions, Alienor Carrière, journaliste aux éditions du JT d’Arte mais aussi féministe militante dans « Prenons la Une » et Laure Rodet, étudiante en journalisme, sont intervenues.

« Etre une femme et être journaliste » fut le premier volet de la conférence. Tout d’abord, les salaires apparaissent comme l’un des premiers critères d’injustice auquel font face les journalistes. Il est en effet important de souligner que l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes journalistes (à poste égal) est de 12%. C’est pourquoi plus de la moitié des femmes (53%) sont pigistes. Autrement dit, elles sont rémunérées au nombre d’articles rédigés et choisissent ainsi, au nom de leur indépendance, une forme de précarité. Plus révoltant encore, la majorité des hommes sont rédacteurs en chef et 55% sont en CDI. A l’inverse, les femmes ne sont directrices de l’information que dans 19% des cas. En résumé, les hommes montent plus rapidement en grade que les femmes. Mais alors, les hommes ont-ils plus de talent que les femmes? Sont-ils plus méritants? Certainement pas. Ce qui est sûr, c’est que leur position leur offre bien des avantages. Le harcèlement sexuel, les remarques sexistes et les avances sont devenues monnaie courante dans le milieu. Concrètement, une étude de « Prenons la une » a montré que beaucoup d’étudiantes en journalisme étaient les cibles privilégiées de ces prédateurs sexuels en raison de leur vulnérabilité.

« Le tournant de la ligue du LOL », deuxième volet de la conférence, s’inscrit dans la continuité du premier en tant qu’il aborde les sujets de discriminations et harcèlement sous l’angle de la prise de conscience. Pour rappel, la « ligue du LOL » était au départ un groupe Facebook privé, un « boys club » de journalistes, crée par Vincent Glad dans le but de faire des « blagues ». Toutefois, ces blagues sont très vite passées au rang de harcèlement. Des canulars téléphoniques, du chantage, des photos obscènes, des menaces, des insultes, des humiliations sont ainsi érigées à l’encontre d’un grand nombre de journalistes et de blogueuses. L’objectif visé était ainsi de « les rabaisser afin qu’elles ferment leurs gueules ». Néanmoins, l’affaire de la ligue du LOL, opérant depuis les années 2010 puis dénoncée par Libération en février 2019, a permis une certaine prise de conscience concernant le sexisme et les injustices subies par les femmes dans le monde médiatique. Concrètement, toutes les écoles de journalisme sont désormais obligées d’avoir des référents afin d’aider les jeunes filles en cas de problème lors des stages. De même, de plus en plus de formations anti-sexisme sont données dans les écoles comme par exemple celle dirigée par Alienor Carrière (« Prenons la une »). Sachant que la plupart des membres de la ligue du LOL se sont rencontrés à l’ESJ, ces interventions paraissent donc essentielles. De plus, il existe des organismes, les « référents éthiques » , censés accueillir les plaintes au sein des rédactions. D’abord mis en place pour des raisons de transparence économique, ces personnes neutres, « ces médiateurs » peuvent résoudre des affaires de harcèlement au sein d’une entreprise, la parole étant ainsi libérée. Néanmoins, ces recours sont encore très peu connus au sein des rédactions.

« Les femmes, invisibles dans les médias? », dernier sujet de la conférence est mis au premier plan dans le manifeste de « Prenons la Une » publié dans le journal Libération : « Nous, femmes journalistes, dénonçons la trop grande invisibilité des femmes dans les médias. Dans les émissions de débat et les colonnes des journaux, les femmes ne représentent que 18% des experts invités ». La femme médiatisée est souvent réduite à son statut de mère, son nombre d’enfant ou même à ses tenues supposées provocantes. On tend souvent le micro à l’homme, faisant figure d’expert , notamment en politique. Toutefois, le métier reste tout de même un moyen efficace pour ces femmes de s’exprimer, de dénoncer ces injustices. On observe en effet une émergence de plus en plus importante de contenus féministes dans les médias avec les podcasts « La Poudre » ou « Les couilles sur la table » mais aussi dans les rédactions du Monde et de Mediapart dans lesquelles ces sujets de sociétés prennent une part significative.

Finalement, le fait d’être femme et journaliste reste un combat de tous les jours, dans lequel équité et prise de conscience restent les maitres mots. Cette lutte est grandissante dans les médias actuels, notamment grâce à l’émergence de nouveaux formats, comme dans les podcasts où les femmes prennent de plus en plus de place et revendiquent de plus en plus leur légitimité et leur puissance.

Philippine Bidoli

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