Chez Deliveroo, un algorithme « casseur de grèves »

Dans la cour intérieure de son immeuble, Simon enfourche son vélo. Depuis 2015, à bientôt 30 ans, il sillonne jour et nuit les ruelles et boulevards bordelais à raison de 600 kilomètres par semaines. D’une enseigne de restauration rapide à l’autre, il traine sur son dos un gros cube de livraison, comme Sisyphe, sa pierre au sommet d’une montagne.

A l’instar de 10 000 travailleurs en France, Simon est livreur à vélo. Pour le compte de Deliveroo, une start-up de livraison de plats cuisinés implantées outre-Manche, il transfère jusqu’à 50 repas différents par jour d’un bout à l’autre de la ville.

Depuis le 29 juillet dernier, la marque de livraison à domicile a revu la rémunération des coursiers à la baisse. Exit le tarif minimum à 4,50 euros par commande… En abaissant le tarif des petites courses pour augmenter celui reversé pour un trajet plus ambitieux, la plateforme de livraison aurait réalisé une économie de près de 30%, affirme le Collectif des livreurs autonomes de Paris.

Pour faire remonter les revendications de livreurs bordelais, cinq coursiers ont entamé, le 16 septembre dernier, un périple à vélo à travers la France pour rencontrer les dirigeants de l’entreprise à Paris. Au rang des leurs premières préoccupations : l’algorithme qui régit les créneaux de livraison de la plateforme.

Se libérer de ses chaines -de vélo 

Chargé de répartir en temps réel la force de travail pour faire face à la demande de livraison, l’algorithme de Deliveroo, s’assure de tuer dans l’œuf toute tentative de mobilisation des coursiers pour revendiquer leurs droits.

Avec l’algorithme, « les coursiers les plus rapides ont un accès prioritaire au planning qui nous permet d’étalonner nos courses d’une semaine à l’autre » explique Simon. « C’est un casseur de grève », ajoute-t-il.

En 2016, les coursiers bordelais s’étaient mobilisés par une action symbolique consistant à respecter le code de la route – d’habitude laissé à l’abandon afin de gagner du temps- durant tout un week-end. Une initiative qui avait conduit au renvoi pure et simple de 5 coursiers par souci de performance.

« En gros, si tu ne te connectes pas aux « pics de livraisons », c’est à dire 4h chaque soir de week-end, tu es quasiment sûr de perdre la priorité sur le planning » ajoute Arthur Hay. Ce candidat sur la liste communiste aux dernières élections européennes fut, auprès de la CGT, à l’initiative du premier syndicat des livreurs à vélo.

« Quelqu’un qui est à 100% sur les deux derniers créneaux mais ne s’est pas connecté à l’ensemble des pics de livraison peut facilement se perdre sa priorité sur le planning » explique-t-il.

Pour faire émerger de nouvelles alternatives face aux plateformes ubérisées, le girondin a créé sa propre coopérative de livraison, « les coursiers bordelais », où le capital est réparti entre les travailleurs de l’entreprise. Selon la CGT, le planning aujourd’hui en vigueur pourrait dans les prochains mois, être remplacé par une formule de free-shift, qui ne permettrait pas aux coursiers d’obtenir de garanties sur les courses à assurer. Contacté, Deliveroo n’a pas souhaité nous répondre.

Antoine Cariou

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