Jacques Chirac est mort, vive Jacques Chirac ?

Les drapeaux sont en berne, le deuil national est décrété pour lundi 30, les pulls Eleven Paris sont de sortie : Jacques Chirac s’est éteint le samedi 26 septembre 2019 à l’âge de 86 ans. 

Jacques Chirac ? Deux fois Président, deux fois Premier ministre, trois fois Maire de Paris, plusieurs fois député de la Corrèze, député européen et président de conseil général de Corrèze. Entre autres. Dès 1967, il est secrétaire d’Etat à l’emploi de Georges Pompidou. Sa vaste carrière politique est émaillé de succès, de défaites, de retournement(s) de veste, de bonnes idées, d’autres moins bonnes – et bien sûr, de nombreuses petites formules bien senties. 

En 1995, Chirac est le premier Président français à reconnaître la responsabilité de l’État français dans la déportation lors de son discours du Vel’ d’Hiv’. On appréciera aussi son refus d’engager la France dans la guerre d’Irak. Refus qui sera pourtant suivi de son échec lors du Référendum 2005 sur la Constitution Européenne, où le « non » l’emporte. Il décide également de reprendre les essais nucléaires dans le Pacifique, et ce dès son arrivée au pouvoir.  Il est le premier chef d’Etat français a être condamné par la justice  (en 2011) pour l’affaire des emplois fictifs à la maire de Paris.

Enfin et en vrac, Chirac c’est aussi « le bruit et l’odeur » – sorti de son contexte ou non -, la corruption au RPR, le musée du Quai Branly, le PACS (ah non, ça c’est son premier ministre). 

Une sorte de paradoxe vivant, mais le « monarque républicain » (Duverger) préféré des Français… à partir sa retraite.

 Tout au long de sa carrière, sa popularité n’est pas constante, très sujette aux conjonctures et à ses décisions, souvent mal accueillies. Il aura su tirer meilleur parti de la Coupe du monde de 1998 en apparaissant comme un grand soutien de l’équipe de France (bien que n’arrivant pas toujours à prononcer le nom des joueurs) : à cette période, sa popularité atteignait les 65%. 

Ce statut de paradoxe vivant s’applique en quelque sorte également à sa personnalité : issu de la bourgeoisie parisienne, Chirac est un pourtant homme qui parvient à convaincre toute la France qu’il est un prolétaire corrézien.

D’où vient alors sa popularité subséquente à son retrait de la vie politique  ? Comment se fait-il que la seule voix qu’on entende soit une voix hagiographique, et que les réserves doivent être publiées dans la presse étrangère* ? 

Nous nous sommes entretenu avec Jean Petaux, qui nous propose quelques réponses.

Chirac a été (en fin de compte) un homme de parole. Après son deuxième mandat présidentiel, Jacques Chirac s’est retiré de la vie politique, et s’y est tenu. Il publie ses mémoires, mais pas d’autres livres conjoncturels ou pour s’expliquer – suivez mon regard. En un sens, sa distance aux enjeux politiques « chauds » ne pouvait pas lui faire de tort. 

Jean Petaux remarque également qu’il a eu une fin de vie assez semblable à celle des Français ou de leurs parents. Il s’est éteint, petit à petit et sans grand fracas, ce qui peut susciter une certaine identification : une fois de plus, Chirac a incarné une figure « familiale ».  

Jacques Chirac a  beaucoup fait rire les Français – que ce soit directement ou à travers sa marionnette des Guignols. Rappelons que lorsqu’il est président, Canal + réalise encore une audience de sept à huit millions de téléspectateurs. Comme « super menteur », « couteaux dans le dos » ou simplement président jamais à court de répartie, il a donc marqué durablement les esprits.  La nostalgie fait ensuite son travail. Sa popularité s’explique donc en partie par ces représentations mémorielles.

Enfin, une des raisons de cette popularité se situe dans la forme même de la Vème République, et ne s’applique pas qu’à son cinquième Président. Maurice Duverger a suffisamment écrit sur le dispositif présidentialiste et le « monarque républicain » pour qu’on n’omette pas la formule « le roi est mort, vive le roi ! ».

* La journaliste française Clémence Michallon constate qu’il est impossible d’avoir une voix discordante sur le sujet, et publie ses interrogations dans The Independant

Augustin Pietron

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