Inch’allah, l’enquête au long cours de cinq étudiants en journalisme.

Romain Gaspar est l’un des cinq étudiants du Centre de Formation des Journalistes (CFJ) derrière l’enquête au long cours sous la direction du duo incontournable formé par Gérard Davet et Fabrice Lhomme. Une enquête sur le phénomène d’islamisation en Seine et Saint-Denis.

Cinq étudiants en journalisme du CFJ, recrutés par Gérard Davet et Fabrice Lhomme. Pendant de long mois dans le département de Seine-et-Saint-Denis, ils ont mené une enquête et près de 200 entretiens sur le phénomène de l’islamisation dans le département. Le livre condensant leur enquête est sorti en automne dernier. Romain Gaspar est venu le présenter à Sciences Po Bordeaux pour cette nouvelle conférence du Bureau des Médias.

Des faits rien que des faits

La préface du livre signée de la plume de Davet et Lhomme nous promet de ne raconter des faits, rien que des faits. Des faits au service d’une thèse ? « Non à 80% », assure Romain Gaspar. Il assure que le livre a été fait sans idéologie et que d’ailleurs deux chapitres viennent déconstruire des idées fausses servant l’instrumentalisation. Non il n’y a pas de pratiques cachées à l’Université de Saint Denis et non le café de Sevran n’est pas du tout un café islamiste et permet même selon Romain Gaspar d’avoir une « poche de respiration » dans la ville.

Selon lui les autres chapitres tentent d’apporter de la nuance en tentant d’expliquer ou de contextualiser les phénomènes. D’expliquer par exemple que la montée du rigorisme religieux est aussi une conséquence des défaillances du service public. Autre exemple, « Dans le chapitre sur l’école on montre que les femmes choisissent de placer leurs enfants dans des écoles coraniques car ils ont peur qu’en école publique ils tombent dans le trafic ou la drogue ». Après, comme « dans tout enquête et dans tout article il y a un angle » admet Romain Gaspar.

Le livre ne rapporte pas tant que cela les propos des historiens et des sociologue. Un parti pris pour Romain Gaspar. Car le livre devait être « sexy et agréable à lire mais est aussi un projet commercial ». « Mais aussi d’essayer de toucher un public qui ne serait pas allé vers les livres de spécialistes ». Quoi qu’il en soit, Romain Gaspar assume « on est tous fiers de ce livre, sur le fond je n’ai rien à retirer »

Une vie de rédaction

Ces cinq étudiants en journalisme ont donc vécu pendant ces longs mois comme n’importe quelle rédaction. Et comme dans n’importe quelle rédaction il y a eu des désaccords. « Au début on était d’accord sur rien, à la fin on était d’accord sur à peu près tout ». Des désaccords éditoriaux. Notamment au moment de la réécriture sur quelle citation mettre, quels portraits choisir. Davet et Lhomme avait alors toujours le « final cut » même si Romain Gaspar assure que la plupart du temps ils aboutissaient à un consensus.

« On a douté les ¾ du projet », admet Romain Gaspar. « On avait très peur de l’instrumentalisation de notre travail, sujet très casse gueule pour un début de carrière, complexité de ce sujet-là est que chacun à sa version de l’évènement. Compliqué de tirer de toutes ces versions une vérité ».

De cette expérience, Romain Gaspar en tire la leçon qu’« il ne faut pas avoir peur des sujets et que la vraie question est la manière dont ils sont traités ». Mais aussi de ne pas hésiter à contacter des sources qui d’un premier aspect sont « soit trop connues, trop polémiques, trop clivantes ».

Son souvenir le plus marquant est sans nul doute celui de la séance de médecine prophétique. « Parce que j’aime le côté journalisme gonzo ». Il en retient aussi des rencontres avec des personnes auxquelles il s’est attaché alors qu’il se trouve aux antipodes de leurs idées.

Jordan Dutrueux

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s