La Ligue du Lol : Lumière sur le boy’s club

L’affaire de la « Ligue du Lol » a révélé qu’un groupe Facebook créé en 2009, constitué de journalistes et communicants parisiens avaient harcelé des journalistes, majoritairement des femmes féministes, pendant des années. La révélation de ces publications a mené au licenciement de plusieurs de ses membres.

Première règle du Boy’s Club : il est interdit de parler du Boy’s Club.

Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont journalistes, communicants, publicitaires. Eux, ce qu’ils aiment c’est le clic, le hashtag, le « fav », ancêtre du « like » sur Twitter. Ils sont les pros des nouvelles technologies, les as des médias 2.0. C’est d’ailleurs pour ça qu’on les embauche.

Nous sommes en 2009. L’oiseau bleu de Twitter en est à ses premiers pépiements. Vincent Glad, diplômé l’ESJ de Lille, est un pro du « journalisme web ». Pour se marrer avec ses anciens potes de promo et ses collègues issus du même microcosme journalistique parisien, il créé un groupe Facebook privé. Son nom ? « La Ligue du Lol ».

La « Ligue » fait ses armes

Les membres émérites de cette fraternité hautement select, une trentaine environ, y échangent blagues, galéjades, calembours souvent sexistes, misogynes, racistes. Elle paraît néanmoins pour certains de ses membres, n’être qu’un lieu de franche rigolade, candide et libéré. «C’était brillant, c’était bête, il y avait ce côté observatoire des personnages de Twitter, on s’échangeait des liens, des photos, on se moquait des gens. C’est l’endroit où je me suis tapé les plus grosses barres de rire à l’époque», explique Henry Michel, podcasteur, notamment animateur du podcast « Riviera Détente ».  Brillant ? Vraiment, Henry, permet-moi d’en douter.

Ces as du bon phrasé auraient pu s’arrêter là, à l’ombre douillette d’un groupe fermé. Mais non. Sur Twitter, la « Ligue » fait ses armes. Des critiques, insultes, qui viennent s’afficher sous les articles de leurs collègues, presque toujours des femmes. Journalistes? Parfait. Féministes ? Encore mieux.

Lucile Bellan, journaliste à Slate, confie, dans un article publié le 11 février sur Slate.fr « Avec les années, la Ligue du LOL, c’est devenu une sorte d’hydre terrifiante. Celles et ceux qui en ont été victimes partagent leur histoire, croisent en soirée ceux qui en faisaient ou en font partie. Ces personnes se méfient, elles ont quitté les réseaux sociaux, ont pris le parti de ne jamais travailler pour certains médias. » Des injures, également subies par son compagnon Thomas Messias, également journaliste pour Slate.fr.

Du harcèlement, qui sort également de la twittosphère. Florence Porcel, autrice, comédienne et Youtubeuse, s’est également vue proposer une offre d’emploi par un média prestigieux au téléphone … Par un membre de la Ligue du Lol. Une humiliation, une colère lestée d’un sentiment d’impuissance. .

Parce qu’ils sont nombreux. Parce qu’ils travaillent pour des grands médias, des rédactions que l’on rêve d’intégrer comme Libé ou Les Inrocks. Parce qu’ils se cooptent entre eux et que, mordre un membre, c’est réveiller la meute.

Lumière sur un sous-système oppressant

C’est avec un article de « Checknews » plateforme de vérification des faits de Libération, que l’affaire de la « Ligue du Lol » parvient aux oreilles du grand public. Tout commence par une publication de Robin Andraca, publié dès le vendredi 8 février, intitulé « La Ligue du Lol a-t-elle vraiment existé et harcelé des féministes sur les réseaux sociaux ? ». Les jours précédents, des tweets faisaient déjà référence au groupe. Comme celui de Daria Marx, cofondatrice du collectif Gras politique, et coauteure du livre Gros n’est pas un gros mot : chroniques d’une discrimination ordinaire, qui confiait, dès le mercredi 6 février sur Twitter : «Je n’ai pas oublié non plus. La ligue du LOL. Et ses preux chevaliers féministes en 2019. Je vous crache bien à la gueule.»

Au fur et à mesure que les témoignages se multiplient, le phénomène prend de l’ampleur. Les mises à pied, elles aussi, s’enchaînent. Vincent Glad est remercié, temporairement, de Libération et Brain Magazine. Sylvain Paley est prié par la société Qualiter de quitter le podcast Studio 404, qui stoppe sa production. Le podcast « Riviera Détente » est suspendu. Au sein de ces médias jeunes, progressistes, modernes, les masques tombent.

Avec cette affaire, c’est tout un système, inconnu du grand public qui s’est révélé. Le monde feutré des salles de rédaction, des piges, des papiers. De la précarité et de l’envie de pouvoir aussi. Une affaire qui encourage un combat, celui des femmes et des hommes moqués pour leurs aspirations féministes et celui des futurs journalistes, qui refusent une violence communément acceptée et injuste, dans une profession déjà précaire.

Océane Théard

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