« Porter la plume dans la plaie, voilà notre métier »

J’ai filmé la rédaction du journal Mediapart de mai 2016 à mai 2017 : l’année où le parti socialiste s’est auto-dissout, l’année ou Fillon a été mis en examen, et l’année où le Front National est arrivé au deuxième tour de l’élection française sans que cela ne choque plus personne ». Voici les premiers mots de Naruna Kaplan de Macedo, réalisatrice du documentaire Depuis Mediapart. Il était présenté mardi dernier à l’Utopia de Bordeaux, en présence du célèbre journaliste Edwy Plenel.

Les élections de 2017 sont inédites en France, du jamais vu. Le slogan de Mediapart : « Rien ne se passera comme prévu ». Les rebondissements ne se comptent plus, et rendent la tâche des médias d’autant plus compliquée mais … passionnante! C’est cette passion que l’on retrouve dans le documentaire de Naruna Kaplan entrecoupée d’inquiétudes, tensions et étonnements. On assiste aux réunions de rédaction où les avis des journalistes se croisent, s’opposent, mais une chose les unit, la quête de vérité.

Qu’aurait fait ce média, profondément gauchiste, si une affaire scabreuse avait entaché la campagne de Macron, signant ainsi la victoire du Front National? Pour Lenaïg Redoux la réponse est simple : il aurait fallu la révéler, « ce sont les faits, on ne peut pas faire comme s’ils n’existaient pas ». Cette quête de vérité passe aussi par l’indépendance du journal. Mediapart est né d’une défaite : celle de l’emprise de la rédaction du Monde sur ses journalistes, très mal vécue par l’un d’eux, Edwy Plenel. Il quitte alors Le Monde en 2005 pour créer son propre média totalement indépendant.

Cette défaite est transformée en résistance. « Seuls nos lecteurs peuvent nous acheter », pas les publicitaires, pas les mécénats privés, et encore moins les politiques! « Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie » disait Albert Londres. Son indépendance permet à Mediapart d’appliquer ce dicton, sans risquer de représailles … ou presque. Lundi 4 février, 11h10 – les locaux du média sont pris d’assaut par deux procureurs et trois policiers.

On accuse le journal d’avoir porté atteinte à la vie privée de Benalla en diffusant une discussion entre ce dernier et Vincent Grase. Ces enregistrements révèlent que les deux hommes se sont parlés malgré l’interdiction judiciaire, ainsi que l’implication personnelle de Benalla dans la signature d’un contrat sécuritaire avec un oligarque russe. Pourtant, c’est Mediapart qui est accusé, Benalla et Vincent Grase en sont les victimes : ironie du sort. Le journal refuse la perquisition sous motif du secret des sources. La rédaction conclut un article relatant les faits : « Mediapart ne compte pas se laisser intimider par les protagonistes de cette affaire ni par le parquet. Et continuera de vous informer ».

Être au service de l’information et de la vérité, toujours. Être au service du public, aussi. Lorsqu’on regarde le logo de Mediapart, on entend le crieur de journaux du XIXème siècle : « Dernières exclusivités mesdames et messieurs, dernières exclusivités! ». Derrière ce logo, il y a l’idée qu’un journal doit apporter à son public des choses qu’il ne sait pas. Aujourd’hui avec les médias de masse, les gens possèdent de nombreuses informations, l’objectif de Mediapart est de les leur présenter sous une vision particulière, un angle jusqu’alors inconcevable. Chaque noeud de l’actualité est décortiqué à la manière Mediapart.

« Le défi, c’est faire la différence ». Un défis qui est rendu possible par l’informatique, un outil de liberté. Sur internet, il n’y a pas de formatage, mais une multiplicité des supports et la possibilité de commenter les articles. C’est peut être là l’une des raisons qui expliquent le succès du média chez les gilets jaunes : « un média qui nous permet de nous émanciper, de nous battre, de comprendre, de savoir, d’être libre et autonome ».

Camille Granon

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