Les violences gynécologiques – quand le sexisme s’immisce dans la médecine

Longtemps taboues, la parole des femmes se libère enfin sur les violences gynécologiques. Manque de dialogue, examens traumatisants, pratiques imposées, mépris… Les témoignages des patientes se multiplient et glacent… mettant en lumière une pratique paternaliste et patriarcale de la médecine.

A l’été 2017, Marlène Schiappa, alors secrétaire d’état chargée de l’égalité hommes/ femmes, avait commandé un rapport au Haut Conseil à l’Égalité (HCE) au sujet du sexisme dans le suivi gynécologique des femmes. L’objectif de ce rapport était double : objectiver le phénomène et identifier des leviers pour améliorer la situation. Le HCE a ainsi dénoté différents types de violences subies par les femmes lors de leurs visites médicales : non prise en compte de la gêne de la patiente, jugements sur la sexualité, la tenue, le poids, renvoyant à des injonctions sexistes, des actes imposés ou bien des refus d’actes… Parfois même du harcèlement et des violences sexuelles. Tout cela dans le cadre de visites médicales avec des médecins expérimentés.

En médecine aussi, consentir plutôt que subir

Les témoignages pleuvent sur les pratiques réalisées sans consentement de la patiente. En France, le nombre d’épisiotomies (incision chirurgicale du périnée qui va permettre au bébé de passer plus facilement), bien qu’il ait nettement diminué reste élevé. Si l’OMS, préconise des taux de pratiques entre 20 et 25% des cas, les femmes venant pour une première naissance ont recours pour 44,4% à une épisiotomie (et 14,2% pour les suivantes). En réalité, très peu d’épisiotomies sont nécessaires et, comme toute intervention chirurgicale, cette pratique comporte des risques. Plus important encore, ces interventions sont souvent réalisées sans l’avis de la femme. En effet, celle-ci, après avoir subi un accouchement est rarement en capacité de donner son consentement ou son refus de consentement.

D’autres patientes témoignent aussi d’examens réalisés sans prévenir, prenant peu en compte la gêne que la femme peut ressentir lors de ces consultations intimes. « Il m’a mis deux doigts », raconte l’une des patientes. Or la loi de 2002, relative aux droits des malades indique qu’aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment. Si le consentement est un droit pour le patient, c’est en revanche un devoir pour le médecin.

Infantilisation, jugement, sous-estimation des douleurs

Nombreuses patientes racontent également une mauvaise prise en compte de leur douleur par le praticien. Celles-ci sont souvent considérées comme exagérées. Concernant l’endométriose (maladie chronique où le tissu endométrial se développe hors de l’utérus et ne peut être évacué, causant des lésions, des kystes et des douleurs intenses), elle demeure très méconnue par les médecins, insuffisamment formés sur cette maladie.

Beaucoup de femmes sont donc traitées très tard pour l’endométriose. Entrainant une souffrance physique pouvant être handicapante pour celles qui en souffrent, le fait que leur douleur ne soit pas entendue ou sous-estimée par les médecins choque. Cett mauvaise formation des médecins à la douleur de leur patiente traduit de façon sous-jacente une violence de la société à l’égard des femmes.

Des explications pas toujours accessibles…

Les médecins ont pour rôle d’informer et de proposer. Or certaines pratiques sont souvent réalisées de façons systématiques. Dans le cas de la contraception, la pilule est de très loin le premier moyen de contraception des françaises, au détriment des autres alternatives, parfois plus adaptées. En cause, un manque d’explication des médecins sur les différents moyens de contraception et des mythes qui persistent. Nombreux praticiens refusent par exemple de poser des dispositifs intra-utérins (stérilets) aux femmes qui n’ont pas eu d’enfant. Les témoignages de femmes ayant dû insister, jusqu’à changer de soignant ou devant solliciter des sages-femmes pour obtenir la pose d’un stérilet sont nombreux. Pourtant, aucune explication scientifique ne justifie cette réticence des médecins. Tous les modes de contraception comportent des risques et le choix doit se faire au cas par cas, selon les contre-indications médicales de la patiente, mais aussi ses préférences… Et c’est au médecin d’expliquer et de proposer, non de choisir.

Des pratiques sexistes et paternalistes

De nombreuses pratiques gynécologiques renvoient à un certain paternalisme et sexisme de la part des médecins et de la médecine en général. C’est notamment le cas du point du mari, pratique très répandue et qui soulève de nombreuses critiques. Aussi appelé « point de complaisance, il s’agit de resserrer artificiellement l’entrée du vagin lors de la suture post-épisiotomie. Encore une fois, cette pratique est souvent réalisée sans le consentement de la patiente. L’objectif de cette opération ? Le plaisir sexuel de l’homme. Or en cicatrisant, cette suture peut entrainer des douleurs intenses à la femme lors des rapports sexuels. Cette pratique, assimilable à une mutilation sexuelle, condamne alors celle-ci à une sexualité où le plaisir a laissé place à la douleur.

La façon dont les femmes sont examinées lors des consultations gynécologiques est aussi source de nombreuses critiques. Selon le médecin Borée, le fait que la femme ait les jambes écartées lors de cet examen médical est loin d’être anodin. Il parle même d’un rapport de domination induit dans l’examen médical français. Dans ce modèle, la femme est symboliquement offerte au praticien. En Angleterre par exemple, la façon d’examiner est différente : la patiente est en position latérale et non sur le dos avec les cuisses écartées.

Une gêne intégrée

Dans de nombreux cas, les patientes ne savent pas qu’elles ont subi une violence gynécologique. Parce qu’elles n’en parlent pas ou qu’elles n’ont pas connu autre chose, elles pensent que c’est le déroulement normal d’une consultation gynécologique et qu’il s’agit seulement d’un moment désagréable à passer. La figure du médecin impose l’autorité et la confiance. Ce paternalisme médical demeure. On se plie à ce que nous demande le médecin car c’est lui qui dispose du savoir. Et cela est intégrés par tous. Or le patient est l’expert de son propre corps. C’est en l’occurrence à la femme de décider, et au médecin de se plier à ses choix.

D’autant plus que les situations de maltraitances vécues par ces femmes peuvent avoir des conséquences physiques et psychologiques importantes. Certaines refusent de retourner chez le gynécologue ou développent une mauvaise image d’elles, pouvant entraîner des difficultés dans leurs rapports intimes.

C’est pourquoi il est nécessaire de libérer la parole et les femmes.

Lauren Lefebvre

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