« J’vais manifester donc j’mets mon… Gilet jaune » oui mais pourquoi ?

Mercredi 30 janvier, rendez-vous est donné dans une salle par l’équipe du centre Emil Durkheim qui vient présenter son enquête sur les Gilets Jaunes. La salle du premier étage ne suffisant pas à contenir chercheurs, étudiants et curieux ; un certain Vicent T. emmène la joyeuse troupe dans un amphi. Les rangées sont plus pleines qu’un cours de Comparative Politics, et on retrouve pêle-mêle des Gilets Jaune, Sophie Duchesne, le fameux Vincent T, des étudiants-chercheurs de Sciences Po Toulouse, les membres du collectif venant de nombreux CNRS français.

C’est ainsi que le collectif se présente : sociologues, géographes, anthropologues, ils sont une centaine de personnes à se mobiliser pour cette enquête dont 70 activement environ. Pour le moment, aucune subvention n’ayant été mobilisée, chacun vient donner de son temps individuellement avec ses aptitudes et ses compétences. Le mouvement a pris au lendemain du premier acte des gilets, jaune à la mi-novembre à l’initiative de trois chercheuses.

Que souhaitent les Gilets Jaunes ? Qui sont-ils ? Leurs moyens d’actions constituent-ils un renouveau du répertoire d’action politique ?

Afin de répondre à ses interrogations qui intriguent aussi bien les chercheurs que nous tous, munis d’un stylo et d’un questionnaire, les participants à cette enquête sont partis sur les ronds-points et dans les manifestations pour le savoir.

Une quarantaine d’enquêteurs, une soixantaine de questions, une trentaine de communes réparties sur vingt-cinq départements ; le décor est planté.

Les premiers résultats sont néanmoins intéressants (pour davantage de détails, se reporter à l’article du monde en lien à la fin) après l’analyse partielle de plus de 600 questionnaires effectués.

Ainsi le profil type du Gilet jaune semble être un homme d’âge moyen gagnant moins du salaire moyen français rejetant les organisations politiques traditionnelles et qui refuse de se positionner sur l’échiquier politique. Pour un quart d’entre eux voter ne fait pas partie de leurs habitudes, ils ne l’ont jamais fait ou ne projettent pas de le faire. Paradoxalement 13% d’entres eux sont engagés dans un parti soit six fois plus que la population française.

L’intérêt est également de prendre en compte deux endroits symboliques de la mobilisation que sont les ronds-points et les manifestations en centre-ville. En manifestation le registre protestataire des actions politiques se veut traditionnels (aller à paris, pétition, grève, tag sur les murs) tandis que sur les ronds-points, le registre se veut propre au mouvement lui-même, assez inédit via des barrages filtrants et l’occupation de ces lieux. Les profils sociologiques des personnes dans ces deux endroits ne sont pas les même. L’objectif est donc d’identifier les sous-profils.

Plusieurs graphiques ont d’ores et déjà été construits concernant la raison de leur présence des Gilets Jaunes et les mesures qu’ils souhaitent. Pour la première question, une grande majorité vient défendre son pouvoir d’achat, mettant en valeur une meilleure reconnaissance de la valeur travail. S’en suivent des revendications sur la redistribution, contre la constitution ou encore le président directement.

Les demandes de mesures concernent tout aussi logiquement une revalorisation du pouvoir d’achat ou des réformes institutionnelles.

Des sujets sont par là même évacués : les personnes produisant les inégalités, l’Union Européenne ou l’immigration qui ne sont pas mis en avant. L’hypothèse provisoire semble être la volonté de s’unir autour du « plus petit dénominateur commun du mouvement ». Une chercheuse prend l’exemple d’une femme qui n’a pas amené son drapeau rouge comme à son habitude dans les manifestations. L’union se fait autour de la défiance contre les riches et élites : contre le haut en somme.

Comparer cette enquête avec les autres enquêtes semble constituer une évidence pour le collectif. Comme à Grenoble où la relation de Facebook et des Gilets Jaunes est étudiée notamment pour savoir comment ils se regroupent. Ainsi deux tiers des personnes ont connu le mouvement par Facebook et le tiers restant par médias ou les ronds-points. Par exemple, la moitié des manifestants actifs sur les ronds-points ont connu le mouvement hors réseau social.

Plusieurs enquêtes parallèles, sur les Gilets Jaunes et le budget des ménages, des enquêtes ethnographiques plus longues sur le terrain, la structuration et la durée du mouvement entres autres.

Enfin, un point non négligeable tourne autour des affects de la mobilisation : parti d’une « colère du bas » qui jugent les actions fiscales inacceptables, des individus qui ne se seraient jamais rencontrés se retrouvent. La question du partage, de la solidarité est centrale : comme cette phrase sur le terrain le prouve « je me sentais seul et j’ai trouvé des affinités » ; bien qu’il y ait des différences d’âge ou de situation. L’espoir de changement des Gilets Jaunes se veut central également, ce qui donne une tonalité évidemment politique au mouvement.

N.L

Article du monde ci-dessous pour de plus amples informations, ainsi que des infographies

https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/11/gilets-jaunes-une-enquete-pionniere-sur-la-revolte-des-revenus-modestes_5395562_3232.html

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