La presse écrite au défi des années 2020

Quel rapport entre La Tribune et France soir ? L’édition papier quotidienne de ces deux

journaux a aujourd’hui disparu. Ils ont respectivement cessé d’être publié en version papier en 2012 et 2011 pour ne conserver qu’un format numérique. De lourdes menaces pèsent aussi sur l’Humanité, désormais placé sous la protection du tribunal de commerce de Bobigny. La mythique création de Jean Jaurès pourrait être placée en liquidation judiciaire et, de fait, disparaître. Cet état des lieux aux allures de catastrophe a conduit la Librairie Mollat à organiser une conférence portant sur « La presse écrite au défi des années 2020 ». Celle-ci s’est tenue à la Station Ausone en présence de Marc Feuillée (Groupe Le Figaro), Pascal Ruffenach (Groupe Bayard Presse) et Michèle Benbunan (Presstalis, société de distribution de la presse).

Entre « virage numérique nécessaire » et raréfaction des kiosques à journaux, les intervenants ont défendu les mérites d’une presse française de qualité en adéquation avec les attentes des lecteurs. Oui, les médias s’essoufflent dans une course menée au galop par les nouvelles technologies. Non, la presse française n’est pas morte.

Une confiance dans les médias en berne

Le baromètre sur la confiance des Français.e.s dans les médias est réalisé tous les ans pour

La Croix par Kantar Media, une entreprise dédiée aux études de marché et au marketing. Il décrit l’évolution des consommations médiatiques des Français.e.s et évalue la crédibilité qu’ils accordent à ces différents moyens d’information depuis 1987. Une des conclusions de ce rapport : les Français s’intéressent de plus en plus à l’actualité. Pourtant, la crédibilité de la radio, de la presse et de la télévision est une nouvelle fois en baisse après un léger rebond l’an passé. La faute selon Marc Feuillée, à un décrochage généralisé de la confiance et à une crise de la représentativité, matérialisés par les contestations des Gilets Jaunes. Il souligne aussi que, si peu d’institutions échappent à la critique et si la défiance est forte à l’égard de l’institution médiatique dans son ensemble, la confiance demeure plus forte au sein des médias pris individuellement. Le clivage entre les médias et leur public tend d’ailleurs à s’accentuer à cause de certaines personnalités politiques. Cette pratique est par exemple maniée d’une main de maître par Donald Trump qui pointe du doigt, sans retenue et souvent à tord, les fake news prétendument diffusées par les médias.

Des journaux prêts à prendre le virage du numérique

La presse écrite est mise à mal par l’ère numérique. Les « géants du Web » ou GAFA,

concurrencent les legacy media selon l’appellation américaine, autrement dit radio, presse écrite ou télé, vieux briscards du paysage médiatique. Les GAFA parviennent à imposer leur leadership par des nouvelles façons de consommer l’information : blogs, podcasts, ou encore web-documentaire interactifs. Face à ces vagues de contenus ludiques, interactifs et rapides, la presse doit donc s’adapter, et vite. Les innovations technologiques se traduisent alors par l’incrustation d’audio-visuel dans les articles web, ou s’inspirent des réseaux sociaux en reprenant à leur compte le système des stories que développent Snapchat ou encore Instagram, et en multipliant les lives sur leurs sites. La fidélité des clients étant en outre plus faible sur le plan digital (50%) que sur le plan papier (90%),il est donc essentiel pour les grands titres d’inventer des nouvelles techniques pour diversifier leur

lectorat.

Le monde des médias a par ailleurs subi de plein fouet la crise financière de 2008 ce qui

s’est traduit par une baisse des abonnements et des recettes publicitaires. Il doit désormais faire face à la gratuité impulsée par les GAFA qui porte préjudice à l’archétype économique de la presse. Il s’agit alors, selon les éditeurs, de trouver des actionnaires puissants et stables en vue de les soutenir dans cette transition vers le numérique. « L’information journalistique professionnelle est en train de reprendre ses droits sur les réseaux sociaux » L’avenir de la presse écrite, Marc Feuillée y croit dur comme fer. Il a affirmé que tous les

grands médias d’informations étaient en train de se redresser à l’échelle mondiale et que la plupart d’entre eux réussissaient de surcroît leur transition digitale. La diffusion, notamment digitale, duNew York Times n’a par exemple jamais été aussi importante : il n’a jamais compté autant d’abonné.e.s, dans son propre pays. Le directeur général du groupe Le Figaro affirme : « Jamais le besoin d’informations n’a été aussi fort […] et l’information journalistique professionnelle est en

train de reprendre ses droits sur les réseaux sociaux ». A la tête du Syndicat de la presse quotidienne nationale (SPQN), il souligne enfin la solidarité des grands groupes de médias autour de ces problématiques. De son côté, Pascal Ruffenach soutient que depuis sept ans, la presse Bayard Jeunesse croît de 2 à 3% par an en raison des progrès réalisés dans l’impression. Signe que la presse garde du sens, elle reste un espace d’apprentissage et d’imagination. Mais cet attrait pour le papier reste plus délicat pour les individus plus âgés.

Des solutions sont apportées lors de la conférence afin de favoriser l’achat de presse écrite. Cela consiste souvent à coupler des mots-croisés, recettes

de cuisine ou autres sources de loisirs à l’actualité elle-même. Tout l’enjeu est de mettre en place des innovations attrayantes. Or une large part de la population ne recherche même pas à acheter de la presse écrite dans la mesure où elle dispose de nombreuses autres formes de divertissement aujourd’hui. Et lorsque 800 points de vente disparaissent chaque année, et que la législation française (loi Bichet de 1947) complexifie les règles relatives à la distribution de la presse, les bâtons dans les roues de la presse écrite se multiplient.

Mais l’avenir de la presse écrite, même sous des hospices moins heureux, ne doit pas être

résumé à un déclin inéluctable. Il s’agit aujourd’hui pour les organes de presse de prendre les bonnes décisions, à savoir investir dans les nouvelles technologies tout en conservant l’authenticité du reportage de terrain, d’enquêtes fouillées. Un pari osé, mais qui n’a rien d’impossible.

Justine Wild

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