Le pot de Nutella ou la boîte de Pandore

Si « les enfants ont besoin d’un bon goûter équilibré », les lecteurs de Vin Rouge et Encre Noire aussi. Au sortir d’un amphi d’économie à la compréhension délicate, après une conférence de méthode de culture générale à la pertinence irrécusable, quoi de plus efficace qu’une pointe de pâte à tartiner étalée sur du pain bien frais pour reprendre des forces pour le restant de la journée.

La loi Alimentation votée en octobre dernier, et entrée en vigueur ce vendredi, se donne pour objectif de rééquilibrer un équilibre perdu entre les producteurs et les industriels : les prix de certains produits alimentaires vont ainsi augmenter, permettant sur le papier des revenus décents aux agriculteurs locaux. C’est le cas de ces pétales de chocolat qui trempent dans votre bol de lait le matin, des fameuses spaghetti Panzani – inhérent au placard de tout étudiant – et encore du fameux Nutella.

Les plus gourmands d’entre nous devront ainsi débourser 4,39 euros contre 4,05 euros aujourd’hui pour obtenir le précieux pot de pâte à tartiner de 750g , soit une augmentation de 8,4%. A ce prix-là, pourquoi ne pas laisser le précieux sésame dans le rayon du supermarché ?

« Des noisettes, du lait écrémé et du cacao justement dosé », le triptyque a de quoi faire saliver. Pourtant, composé à 60% de sucre et d’huile de palme, le Nutella se révèle être mauvais pour la santé : ses matières grasses saturées favoriseraient en effet les problèmes cardiaques et risques de cholestérol. Difficile alors d’adhérer aux slogans de la marque « les enfants ont besoin d’un bon goûter équilibré ». En outre, sa valeur nutritionnelle, estimée à 539 kcal pour 100g, réalise l’exploit de dépasser celle d’un hamburger, fixée à 300 kcal pour 100g, ce qui légitime aisément la mention « pour votre santé, pratiquez une activité physique régulière » des campagnes publicitaires. Des arguments donc, pour lui préférer des pâtes à tartiner « sans huile de palme » et « bio » comme le fait la marque Rigoni di Asiago avec le Nocciolata.

Mais Nutella, c’est aussi 9,5 kilos de pâte à tartiner consommée dans le monde chaque seconde, et c’est donc autant de défis pour l’environnement. Elaboré avec la très controversée huile de palme, le Nutella serait responsable d’une déforestation massive puisque la compagnie plante allègrement des palmiers à huile destinés à satisfaire la demande en Nutella au détriment de la biodiversité, rasant des hectares de forêts en Afrique et en Amérique du sud.

Enfin, la hausse du prix du Nutella comme des autres denrées alimentaires prévue par la loi alimentation interroge sur la pertinence même de son efficacité. Si l’objectif était de rémunérer plus dignement les producteurs, il revient en effet à la grande distribution le choix de redonner librement aux producteurs le surcroît payé par les consommateurs. Cette mesure sans disposition obligatoire pour la grande distribution apparaît donc comme risquée et problématique : les centimes supplémentaires que vous débourseriez dans le pot de Nutella n’iraient probablement jamais dans le portefeuille du producteur…

Ainsi, vous l’aurez donc compris, la loi comme les défis sanitaires et environnementaux incitent tout citoyen averti à un arrêt catégorique de consommation de Nutella. Les lecteurs de VREN se délecteront ainsi au goûter d’un jus de fruit, d’un laitage et d’une tranche de papier à l’encre coulant. Car, rappelez-vous, « il en faut de l’énergie pour être un enfant ».

Colin Cauchois

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