Excursion biarotte au Festival du film documentaire

Le vent souffle. La mer se déchaîne, multipliant les heurts salés sur la côte de Biarritz. Cette station La balnéaire basque est lieu de rencontre des retraités aisés et amateurs de surf. Mais du 22 au 27 janvier, déambulateurs et planches ont vu débarquer bobines, pellicules, et amateurs de salles obscures en nombre. Mais pourquoi donc ? La réponse tient en un acronyme : Fipadoc ou Film international du film documentaire, présidé par Anne Georget, réalisatrice de documentaires et journaliste française.

En exclusivité, les 12 élèves en Master JO de Sciences Po Bordeaux se sont eux aussi rendus sur la côte, dans les coulisses du Fipadoc. Interviews, documentaires en masse, overdose de grand écran, retour sur une semaine entre bourrasques et projections.

Des docs et des chocs

Au programme de ce Fipadoc, de l’émotion d’abord.

Dans « Disgrâce », le réalisateur français Didier Cros aborde un sujet longtemps laissé dans l’ombre : le quotidien des « accidentés du visage ». A cause d’une maladie ou d’un accident, Jenny, Gaëlle ou Patricia on vu leur visage transformé. Stéphane a perdu sa mâchoire, puis sa langue à la suite d’un cancer. Gaëlle était au Bataclan. Elle y entre le cœur léger, heureuse de passer une soirée à se déchaîner sur du rock. Elle en sort défigurée par une balle dans le visage, une autre dans le bras. Son petit copain est décédé. Avec beaucoup de sensibilité, Didier Cros a mis en lumière ceux qui préfèrent se cacher, angoissé par le regard des autres.

Dans un tout autre registre, le film « Fahrenheit 11/9 » de l’américain Michael Moore aborde l’arrivée de Trump à la Maison Blanche. De retour de la projection, nos apprentis critiques JO sont décontenancés. « Je suis chamboulée, je vais avoir du mal à m’en remettre », souffle Aurore. Et pour cause, le réalisateur sait créer l’angoisse. Musique grandiloquente, images d’archives et plans frappants, Moore dresse un portrait glaçant d’une Amérique courant à la catastrophe. « How the fuck did it happen ? », se questionne Moore, tout comme le spectateur, qui sort de la salle la gorge nouée.

Des rencontres

Car oui, les élèves de JO ont passé du temps dans les salles obscures mais ont aussi effleuré du bout des doigts le microcosme privilégié du show business.

Au cours d’interviews, nous avons pu appréhender les enjeux du film documentaire, la passion des réalisateurs mais aussi leurs difficultés, que ce soit dans le financement de leurs œuvres ou à cause d’une visibilité évanescente.

Valentin Boulay a par exemple rencontré Roxanne Riou, responsable de la communication et de l’éditorial de « Tënk », une plateforme de documentaire à la demande. Avec cette sorte de « Netflix » du docu, « Tënk » a vocation à rendre accessible toute sortes de films : anciens, nouveaux, de la « première bobine » de films d’étudiants au documentaire d’investigation, dans un secteur où les films non calibrés ont du mal à émerger. « Le talon d’Achille d’un documentaire, c’est cette étape de post-production. On peut parfois prendre son temps, mais souvent il faut tourner, coûte que coûte. Les gens tournent mais n’ont parfois pas les moyens de monter leurs films de façon professionnelle, alors que c’est une étape impérative », explique Roxanne Riou.

En effet, de jeunes réalisateurs étaient également présents au Fipadoc, présentant leurs premières ou secondes œuvres dans la catégorie « Jeune Création ». C’est le cas de Rosin Burn, jeune réalisatrice anglaise. Elève à Paris I en master de réalisation et production, la jeune femme a réalisé « Passing tides », une immersion émouvante dans le paysage de son enfance, dans une banlieue du nord de l’Angleterre. Passionnée, la jeune femme nous expliquait néanmoins être angoissée pour le futur. « Si mon prochain documentaire ne marche pas, je devrais sans doute recommencer à donner des cours de langues », confiait-elle.

Au fil, des dizaines de documentaires projetés, nous avons découvert ou redécouvert tout ce que le documentaire peut apporter. L’immersion, la vérité des images, des points de vus engagés, la volonté de transmettre et de donner à réfléchir. Nous sommes arrivés en espérant voir des films et repartis en nous posant des questions sur la difficulté d’avouer à ses parents d’être homosexuel avec « Coming out » de Dennis Parrot, sur l’enfer de la détention avec « Otage(s) » de Michel Peyrard, ou du danger de vouloir faire éclater au grand jour ce qui se passe dans son pays avec « Putin’s Witnesses » de Vitaly Mansky.

Une semaine dans les salles obscures, pour y voir plus clair sur la marche du monde.

Océane Théard

Tous les articles sont à retrouver sur : https://leblogdufipadoc.home.blog/

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